aktuell news head fr

LaosLaos : Persécution par habitude

« La situation pour nous pasteurs et responsables chrétiens est tendue », c’est la teneur de ce que l’on peut entendre venant du Laos.

Interview avec Daniel H., Responsable pour le Laos

Selon la Constitution laotienne en vigueur depuis 1991, chacun peut croire en ce qu’il veut. Ce droit se révèle être une plaisanterie dans la réalité.

Daniel, que se passe-t-il au Laos ?
A quoi sert une Constitution si les autorités locales ne s’en soucient pas et n’ont aucune idée de ce qu’est la foi chrétienne ? Pour eux, il s’agit d’une idéologie importée d’Amérique, une menace pour tous et pour tout le système communiste. Donc, ils emprisonnent et harcèlent en particulier les responsables spirituels.

C’est comme ça dans tout le pays ?
Non, la tolérance des activités religieuses varie d’une région, d’une ethnie et d’un groupe à l’autre. Le bouddhisme profondément ancré dans la culture laotienne et pratiqué par la majorité est partout libre de toute restriction. Mais la forte croissance des églises évangéliques, en particulier parmi les minorités ethniques, alarme les apparatchiks au pouvoir.

Comment réagissent-ils concrètement ?
Ils emprisonnent les chrétiens, en particulier les « activistes » avec un haut degré d’efficacité. Ils mènent des campagnes d’expulsion, interdisent les évangélisations, la formation chrétienne et l’implantation d’églises. Ou bien ils réinstallent dans des régions reculées les familles qui pourraient provoquer des embrasements spirituels et devenir des « menaces ». Il y a à peine deux jours, j’ai reçu une image avec un appel de notre partenaire au Laos : « Priez pour ces cinq chrétiens akha de Muangkhan qui viennent de se faire expulser de leur village. »

Et ceci peu après une récente avancée vers la liberté de religion annoncée triomphalement par un chrétien laotien : « Le gouvernent central laotien reconnaît officiellement le christianisme. Jusque-là nous étions les ‘ennemis d’État no 1’ ». Les chrétiens traînent la réputation de saper l’unité et la domination traditionnelle du bouddhisme, qui lui, renforce les structures du pouvoir social. Et pourtant, malgré la reconnaissance par le gouvernement central, les autorités des groupes ethniques reculés suivent les coutumes locales et pourchassent les chrétiens.

Y a-t-il aussi des choses positives à rapporter du Laos ?
Oui. Malgré – ou parfois grâce à – la persécution, le nombre des chrétiens est passé en vingt ans de 32 000 à plus de 150 000. Deux femmes de pasteurs me viennent spontanément à l’esprit en pensant aux initiateurs de cette croissance. L’une a poursuivi le travail de son mari durant ses 13 années de détention. L’autre a saisi comme un héritage l’appel de son mari après que celui-ci ait été assassiné. Les deux ont déclenché des mouvements d’implantation d’églises comptant aujourd’hui plusieurs milliers de membres.

Comment ACP soutient-il les chrétiens au Laos ?
Nous avons un fonds pour les situations d’urgence liées à la persécution : pour ceux qui restent après la disparition ou l’emprisonnement de l’un des leurs et pour la réinstallation des familles expulsées. Nous gérons des « Harvest Centers » où nous proposons des formations combinées en agriculture et implantation d’églises. Enfin, nous formons en Thaïlande les responsables spirituels issus des minorités vulnérables du Laos.



filmSymbol Film LAOS : Comme le fleuve frontalier du Mekong I 6.20 min