
Une terre à labourer
Outre le français et l’arabe, quelque 144 langues et dialectes différents sont parlés au Tchad. À cela s’ajoutent l’aridité extrême de vastes zones désertiques et une chaleur souvent accablante. Dans ces conditions, la diffusion de l’Évangile représente un défi de taille. Pourtant, plusieurs organisations tchadiennes, comptant des centaines d’évangélistes et de missionnaires, ont répondu à l’appel et ont décidé de passer à l’action. Certains sont eux-mêmes issus de milieux musulmans et se distinguent par un dévouement remarquable et un témoignage à la fois crédible et contagieux.
En route avec les nomades
C’est le cas de Mahmoud*, un évangéliste à qui Jésus est apparu en rêve. Ancien musulman, il n’hésite pas à accompagner des tribus nomades sur de nombreux kilomètres pour leur transmettre l’amour de Dieu. Il possède un don particulier pour la réconciliation et est souvent sollicité comme médiateur dans des conflits interreligieux. Sa foi est contagieuse et son témoignage fait mouche. Régulièrement, des personnes décident de suivre le Christ et de se faire baptiser.
Les défis liés à la conversion
Le Tchad dispose d’une constitution laïque et l’appartenance religieuse n’est pas mentionnée dans les documents officiels. Néanmoins, un changement de religion peut comporter de grands dangers, en particulier au sein des familles musulmanes. Mahmoud raconte ainsi l’histoire d’un jeune homme qui parle de sa nouvelle foi à ses parents, bien que l’évangéliste lui ait déconseillé de le faire. Le jeune converti est gravement maltraité, puis emprisonné. Mahmoud prend alors son téléphone, contacte le policier responsable et lui intime l’ordre de libérer le jeune homme dans les 30 minutes. 27 minutes plus tard, la confirmation lui parvient : le prisonnier est libre. Son audace avait payé.
Béni par des cacahuètes
Afin de ne pas dépendre d’une aide étrangère, certains missionnaires décident de subvenir à leurs besoins grâce à l’agriculture. Hiob*, théologien de formation, demande à un chef de village un lopin de terre pour cultiver des cacahuètes. Après une première récolte réussie, il en vend une partie et offre le reste afin que ses voisins puissent obtenir leurs propres semences. La deuxième année, il se fixe pour objectif de cultiver un hectare entier. Alors que son fils lui demande comment ils vont s’y prendre sans animaux de trait, Hiob trouve une solution créative : il attache sa charrue à une moto. Son fils conduit le véhicule tandis qu’Hiob laboure. Cinq litres d’essence suffisent pour accomplir le travail et la récolte rapporte une centaine de sacs. L’ingéniosité de Hiob impressionne tout le village et donne plus de poids à son message.
L’unité est indispensable
Il existe de nombreuses histoires de ce genre. Mais le nombre de travailleurs courageux est loin d’être suffisant pour atteindre toutes les régions non évangélisées. C’est pourquoi ACP a commencé à mobiliser, former et mettre en réseau des missionnaires dans l’est et le nord du pays. En juin de cette année, une conférence s’est tenue pour la première fois à Abéché, à laquelle ont participé 125 évangélistes issus de différentes confessions : une première importante.
Les responsables locaux ont encouragé la poursuite de cette voie, car les chrétiens du Tchad sont souvent divisés par des tensions confessionnelles et des visions divergentes. Il n’est pas rare que d’autres chrétiens soient perçus comme des concurrents. Cette attitude empêche de garder en vue l’objectif commun. Au cours de la conférence, quelque chose a commencé à changer : les participants ont dormi côte à côte sur les mêmes nattes, ont mangé ensemble dans le même plat et ont chanté les mêmes chants. Petit à petit, les barrières ont commencé à tomber. Dieu a agi de manière particulière pendant cette période, accordant des guérisons physiques et des transformations profondes. Annabi* et Debora*, un couple de missionnaires à plein temps, témoignent : « À notre arrivée, nous étions à bout de forces et épuisés. Nous ne pouvions plus exercer notre ministère sur place comme il se devait. La conférence nous a beaucoup encouragés. Nous avons reçu une nouvelle force pour continuer à travailler et toucher les populations non atteintes. »
* Noms modifiés



