
200 pieds par amour
Peut-être qu’avec ces pieds, elle a couru pour sauver sa vie face aux djihadistes, pensé-je alors que mes mains lavent la poussière. Lorsque j’ai terminé, la dame âgée devant moi chante « Jesus loves me » et nous nous mettons toutes deux à pleurer.
Au sud : matériel de secours et écoles
Nous nous trouvons au siège d’ACP Néhémie Mali dans la capitale Bamako, au sud du pays. Une centaine d’invités se pressent dans la petite cour intérieure. Ils ont tous été persécutés à cause de leur foi en Jésus. Au cours de la matinée, nous entendons quelques témoignages. Lorsque notre chef de projet annonce que nous ne nous contenterons pas de distribuer des biens de première nécessité, mais que nous laverons également les pieds de tout le monde, un brouhaha et des murmures se font entendre. Après une première hésitation, les premiers s’assoient sur les chaises préparées. Nous nous agenouillons devant les bassines d’eau et lavons les pieds des 100 personnes présentes.
Ce qui semble d’abord déconcertant pour tous les participants se transforme en une expérience véritablement céleste. L’atmosphère change, les cœurs s’inclinent les uns vers les autres. Nous ne sommes plus des bienfaiteurs occidentaux assis à des places d’honneur et distribuant des aides, nous faisons ce que Jésus a fait pour ses disciples. Un homme âgé dit : « J’ai plus de 60 ans, mais personne ne m’a jamais lavé les pieds. Je ne m’attendais pas à ça de vous, les Blancs. »
Tous ceux qui sont présents ici ont vécu des événements traumatisants. La situation au Mali se dégrade depuis des années. Depuis le coup d’État de mai 2021, un gouvernement militaire administre ce pays d’Afrique de l’Ouest qui s’enfonce de plus en plus dans la misère. ACP s’engage à lutter contre la pauvreté et le taux d’analphabétisme élevé au Mali – par des aides directes, un orphelinat au nord de la capitale, notre école au sud-ouest de Bamako ainsi que des programmes de formation pour les adolescents et les jeunes adultes.
Dans le nord : attaques et conversions forcées
Des groupes djihadistes sévissent dans le nord du Mali et la plupart des chrétiens ont quitté cette région. Mais le centre du Mali non plus, n’est plus un lieu sûr. Ici aussi, les chrétiens sont menacés de conversion forcée, d’expropriation et de mort. Par le biais de notre partenaire local ACP Néhémie Mali, nous soutenons les familles les plus touchées.
L’une d’entre elles est Adriana*, d’origine arabe, et ses trois enfants. Lorsque la veuve veut raconter l’attaque des djihadistes sur son village près de Tombouctou et les atrocités commises sur les enfants et les femmes, sa voix s’éteint. Après l’attaque, son pasteur lui fait savoir qu’à 4 heures, quelqu’un viendrait la faire sortir clandestinement du village. Elle ouvre quand on frappe à 3 heures. Ce sont des djihadistes. Quand on lui demande si elle est la chrétienne arabe, Adriana répond par l’affirmative et dit : « Pour Jésus, il n’y a pas d’Arabes ni de Bambara**. Il sauve, il guérit – c’est Jésus ! » Sur ce, les terroristes emmènent son fils et torturent le garçon pendant onze heures. Lorsqu’ils le ramènent, ils lui jettent l’enfant aux pieds en disant : « Voilà ton âne ! » Adriana parvient à s’enfuir à Bamako, mais la vie est dure dans la capitale. Les enfants sont gravement traumatisés. Adriana est reconnaissante pour les prières des autres chrétiens et pour l’aide apportée par ACP Néhémie Mali, qui est un grand soutien.
Abraham* nous raconte l’attaque des djihadistes sur son village dans le centre du Mali. Ce sexagénaire est un évangéliste bien connu dans la région. C’était un samedi. Abraham est en train de cultiver ses champs. Lorsque les terroristes lui tirent dessus, il fait le mort. Mais comme sa famille est encore au village, il rentre en douce la nuit. Il retrouve ses proches dans la seule pièce de la maison que les terroristes n’ont pas fouillée. Mais ils ont emporté tout ce qui avait de la valeur. Il ne lui reste alors qu’un seul choix : quitter la région ou devenir musulman. La nuit même, Abraham et sa famille s’enfuient en direction du sud. Pour eux aussi, la vie de réfugiés dans la capitale est difficile.
Un village d’espoir
Mais pour des familles comme celles d’Adriana et d’Abraham, il y a désormais de l’espoir. En été 2024, ACP Néhémie Mali commencera la construction d’un village sur un terrain près de Bamako. Au moins 70 familles de chrétiens persécutés, qui ont été particulièrement touchées, y trouveront un nouveau foyer. Mais ce projet ne vise pas seulement à offrir un toit aux réfugiés, mais aussi à apporter l’Évangile et l’espoir dans un environnement musulman. Le maire de la commune à laquelle le village d’ACP doit être rattaché est très ouvert au projet.
Après une journée intensive au centre d’ACP Néhémie Mali, les hôtes reçoivent du matériel d’aide : 100 kg de riz et 20 litres d’huile pour chaque famille. Cela suffira pour les trois prochains mois. Mais les impressions du lavement des pieds au Mali m’accompagneront toute ma vie.
* Nom modifié
** Groupe ethnique et langue d’Afrique de l’ouest



